Des universitaires et des chercheurs ont mis en avant, samedi lors d’une conférence intellectuelle organisée à Alger, dans le cadre du programme culturel de la 29e édition du Salon international du livre d’Alger (SILA), l’importance du patrimoine manuscrit amazigh transcrit en caractères arabes, ainsi que son rôle dans la construction de ponts d’intégration cognitive et culturelle au sein du patrimoine algérien.
Dans une allocution d’ouverture, le secrétaire général du Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA), Si El Hachemi Assad, a affirmé que cet événement vise à “redonner ses lettres de noblesse à une mémoire écrite, préservée par les manuscrits, les bibliothèques et les zaouïas, et témoignant des contributions de générations de savants, d’érudits et d’auteurs qui ont utilisé l’alphabet arabe pour consigner l’amazigh”.
M. Si El Hachemi Assad a précisé que le patrimoine manuscrit amazigh rédigé en caractères arabes représente “un capital historique et cognitif qui mérite davantage de recherche et d’étude, permettant d’en explorer les contenus, d’en comprendre les contextes et de mettre en valeur sa place dans l’histoire de la langue, de la culture et du savoir en Algérie”.
A ce titre, il a souligné que l’intérêt accordé par le HCA à cette question “s’inscrit dans le cadre d’une démarche nationale globale visant à promouvoir la langue amazighe, à préserver son patrimoine et à développer ses domaines d’utilisation, afin de renforcer sa place parmi les composantes de l’identité nationale”.
Le SG du HCA a en outre salué “l’intérêt particulier du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, pour la langue amazighe, ainsi que son attachement à promouvoir sa place, à la développer et à renforcer sa présence en tant que composante intrinsèque de l’identité nationale, ce qui incombe aux institutions et aux instances scientifiques la responsabilité de poursuivre l’action afin de la doter des outils de développement et de renouveau, et d’élargir ses domaines d’utilisation dans les différents aspects de la vie nationale”, a-t-il soutenu.
De son côté, l’universitaire et chercheur spécialisé en jurisprudence et en ses fondements au centre universitaire “Nour El Bachir” d’El Bayadh, Abdelkader Houcini, a présenté une communication intitulée “L’intégration culturelle et cognitive à travers le manuscrit juridique amazigh rédigé en caractères arabes”, dans laquelle il a estimé que ce manuscrit constitue “l’un des témoignages civilisationnels incarnant l’interaction créative entre la culture amazighe et la référence islamique en Algérie”.
L’intervenant a également mis en relief “l’importance de l’alphabet arabe pour accueillir la langue amazighe et lui permettre de s’intégrer dans le champ scientifique islamique, tout en préservant sa spécificité linguistique et culturelle”, faisant remarquer que “les juristes amazighs ont su préserver leur langue et leur identité culturelle tout en contribuant à la production, à la transmission et à l’enseignement du savoir islamique”.
Dans une communication intitulée “Le manuscrit amazigh en Algérie : étude documentaire des cercles savants et des zaouïas de la cité de Béjaïa aux VIIIe et IXe siècles de l’Hégire”, le docteur et chercheur permanent au Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran, Abdelkrim Hamou, a estimé que “les médersas et les zaouïas scientifiques de la région de Kabylie, notamment dans la cité de Bejaïa, ainsi que celles de la région des Aurès et de la vallée du M’zab, constituent les principaux hauts lieux historiques de préservation du patrimoine manuscrit amazigh”.
Il a ajouté que les savants de ces régions “ont joué un rôle central dans la formation de l’identité linguistique amazighe”, à travers “l’enseignement et la production d’ouvrages religieux et scientifiques dans les domaines des sciences rationnelles et traditionnelles”, ainsi que par “la traduction et la mise en vers des grands ouvrages de référence en jurisprudence et en linguistique dans la langue amazighe, transcrite en caractères arabes, au sein des cercles d’enseignement et de fatwa”.
S’agissant de la cité de Béjaïa, l’intervenant a indiqué que “les médersas, les zaouïas et les écoles coraniques consignaient leurs connaissances rationnelles et traditionnelles en langue arabe, mais qu’il existait également certains manuscrits rédigés en langue amazighe et transcrits en caractères arabes”.
A ce propos, le chercheur a évoqué plusieurs savants ayant marqué la cité de Béjaïa, de Sidi Boumediene El Ghaout et Abderrahmane El Ichbili à Abderrahmane Thaâlibi et Mohamed Ben Abderrahmane El Houadi, avant de conclure que “la chute et la destruction de Béjaïa par les Espagnols, au début du XVIe siècle, ont entraîné la disparition de son patrimoine intellectuel”.
Source : www.aps.dz
Algeria News Savoir Tout sur l'Algérie